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Longtemps rare sur nos territoires, le Grand cormoran (Phalacrocorax carbo) est aujourd’hui devenu une véritable problématique pour nos écosystèmes aquatiques.
Si cette espèce protégée a connu un spectaculaire retour depuis plusieurs décennies, la croissance continue de ses effectifs exerce désormais une pression très forte sur les populations piscicoles et fragilise directement les actions menées par les structures de la pêche associative.
À l’échelle européenne, le Grand cormoran bénéficie d’une protection au titre de la Directive Oiseaux de 2009.
En France, il est également protégé par la loi, même si des dérogations de tir peuvent être accordées localement.
Cette protection a permis le redressement de l’espèce ; mais aujourd’hui, la dynamique démographique pose question.
En Europe, les populations hivernantes sont passées de quelques dizaines de milliers d’oiseaux dans les années 1980 à près de 2 millions d’individus.
En France, le dernier recensement national (hiver 2023-2024) a comptabilisé près de 120 000 cormorans, avec une progression annuelle de près de 5 %.
Le département de l’Hérault fait partie des territoires les plus concernés, avec plus de 3 000 oiseaux présents chaque hiver.
Le cormoran est un oiseau parfaitement adapté à la chasse sous-marine.
Capable de rester plus d’une minute en apnée et de plonger jusqu’à 16 mètres de profondeur, il consomme quotidiennement entre 350 et 700 grammes de poissons.
Rapportée aux effectifs recensés dans l’Hérault, cette consommation représente plus de 34 tonnes de poissons sur le seul mois de janvier.
Un prélèvement naturel d’une telle ampleur n’est pas neutre pour des milieux aquatiques déjà fragilisés par :
Chaque année, la Fédération et les AAPPMA investissent des moyens humains et financiers importants pour soutenir les populations piscicoles.
Durant l’hiver 2024-2025, 4,5 tonnes de poissons ont été déversées dans les cours d’eau et plans d’eau du département, pour un coût de plus de 54 000 €.
Or, cette quantité correspond à peine à quatre jours de prédation des cormorans.
Autrement dit, des dizaines de milliers d’euros d’investissement peuvent être anéantis en quelques jours seulement.
Au-delà des poissons effectivement consommés, les observations de terrain montrent également :
Cette situation génère un profond découragement chez les bénévoles et les pêcheurs.
Depuis les années 1990, plusieurs dispositifs ont été envisagés pour permettre des opérations de régulation ou d’effarouchement du Grand cormoran, mais son statut d’espèce protégée rend ces interventions particulièrement complexes à mettre en œuvre.
Ces dernières années, de nombreux arrêtés préfectoraux ont été annulés faute de preuves scientifiques suffisantes démontrant l’impact direct du cormoran sur certaines espèces de poissons protégées.
Même lorsque la réglementation permet théoriquement des tirs de régulation, les démarches administratives sont longues, techniques et souvent sans réponse.
Dans l’Hérault, une étude spécifique sur les effets de la prédation du cormoran a été menée avec le bureau d’étude AYGA afin d’objectiver scientifiquement la situation.
Sur la base de ces travaux, trois secteurs prioritaires ont été identifiés, où l’impact apparaît significatif.
Une demande raisonnable de régulation portant sur 120 oiseaux seulement a été adressée aux services de l’État.
À ce jour, aucune réponse n’a été apportée.
Une évolution du statut européen de l’espèce apparaît aujourd’hui indispensable.